Lekti-ecriture.com, littérature et maisons d'éditions sur Internet
Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com

« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis


Accueil du site > Édition et vie littéraire > Lekti-ecriture.com, présentation du projet

Lekti-ecriture.com, présentation du projet

Littérature, édition et découverte d’auteurs sur Internet

mardi 16 octobre 2007, par Joël Faucilhon

En novembre 2006 paraissait le numéro 5 des Cahiers de la Librairie, consacré au numérique. Une présentation de Lekti-ecriture.com était publiée au sein de ce numéro, et nous remercions les rédacteurs en chef de nous avoir permis de présenter notre démarche aux lecteurs.

Le texte présenté ci-dessous reprend en partie cette contribution, en vue de présenter le projet Lekti-ecriture.com au grand public et à tous les curieux.


Lekti-ecriture.com a été fondé en 2002 à travers le magazine littéraire en ligne « Contre-feux », première composante historique du projet.

Le constat était le suivant : beaucoup de textes « meurent » de ne pas pouvoir être présentés et défendus auprès du public. Qu’il s’agisse de littérature française, ou de littérature en langue étrangère. La revue littéraire Contre-feux présente depuis 2002 des livres ou des auteurs essentiels, rares, les mêmes qui ont parfois du mal à trouver leur place auprès d’un public élargi. D’où l’importance que nous accordons à la phrase de Cornélius Castoriadis « ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous. »

Le principe de la revue est de donner à lire, à entendre et à voir. Autrement dit, de travailler à la découverte d’auteurs au travers de dossiers thématiques qui rassemblent extraits de livres, textes critiques, et documents sonores. La plupart de ces dossiers sont mis en place avec la collaboration de nombreuses maisons d’édition françaises, d’auteurs ou de revues. Les éditeurs associés à Lekti-ecriture.com peuvent proposer la constitution d’un dossier, autour d’un auteur ou d’une œuvre qu’ils souhaitent mettre en valeur. Alors qu’au départ, nous avons plutôt travaillé sur des extraits d’ouvrages, nous privilégions maintenant de manière systématique la constitution d’un dossier qui regroupe des extraits d’ouvrages accompagnés d’éléments critiques, voire de documents audio. Dans la mesure où la plupart des auteurs ou des œuvres présentés au sein de la revue littéraire sont mal connus du grand public, il est nécessaire de développer une approche pédagogique et didactique, qui se traduit par notre volonté de donner à lire et à voir le plus grand nombre d’éléments possibles, afin d’accompagner la découverte d’un corpus par le lecteur.

La naissance des espaces de l’édition indépendante, seconde grande composante de Lekti-ecriture.com, date quant à elle de septembre 2003. À cette date, il nous paraissait évident que beaucoup d’éditeurs indépendants partageaient les mêmes problématiques (comment accentuer sa présence en librairie, se laisser découvrir par le grand public ?), mais agissaient de manière isolée. Dès lors, il paraissait pertinent de travailler sous la forme d’un collectif informel, qui avance de manière pragmatique. Chaque éditeur associé à Lekti dispose d’un espace, dont il est responsable, qu’il peut alimenter de manière autonome, et ce service est offert par Lekti afin de ne pas pénaliser les structures éditoriales les plus fragiles, du point de vue économique. L’interface interne de Lekti permet à chaque éditeur de construire ses propres contenus, sans pour autant disposer d’une culture informatique. Cet élément est essentiel, dans la mesure où il permet à chaque éditeur de s’approprier l’outil sans difficulté, avec un temps d’apprentissage quasiment nul. De nombreux éditeurs associés à Lekti apprécient cette facilité : Lekti est, pour certains, la seule source d’information qu’ils maîtrisent dans leur intégralité. Par ailleurs, Lekti permet également aux éditeurs de mieux se connaître, d’instaurer un dialogue, un échange, et de s’interroger mutuellement sur la situation actuelle du monde du livre en France grâce à un forum interne, ou encore une liste de diffusion. Notre intervention est minimale : une fois les contenus mis en place par les éditeurs, nous les vérifions rapidement avant de les mettre définitivement en ligne. Néanmoins, dans la pratique, nous aidons de manière systématique les éditeurs à enrichir leur espace et à élaborer de nouvelles notices, à partir du matériel qu’ils nous font parvenir (images, éléments textuels…). Nous allons certainement, dans les mois prochains, revoir nos pratiques, dans la mesure où nous consacrons actuellement beaucoup trop de temps à l’intégration de nouvelles notices, alors que ce travail est normalement à la charge de chaque éditeur. Mais notre aide est nécessaire, dans la mesure où ces derniers sont souvent pris par des tâches urgentes, et ont souvent du mal à dégager du temps pour nourrir leur espace éditeur. Mais nous ne disposons plus nécessairement du temps nécessaire pour aider, de manière systématique, les éditeurs à enrichir leur espace.

Actuellement, les espaces de l’édition indépendante rassemblent cinquante éditeurs francophones dont les situations, en matière de diffusion, sont éminemment variées. En réalité, les éditeurs associés à Lekti le deviennent en fonction de critères simples : la qualité du travail éditorial, et les qualités humaines des responsables des maisons d’édition. Il n’est pas souhaitable que le nombre d’éditeurs associés augmente encore de manière démesurée ; avec quarante éditeurs associés, il est d’ailleurs possible que nous ayons atteint une « taille critique ». Un à deux éditeurs par jour nous contactent pour rejoindre les espaces éditeurs, mais nous répondons presque toujours par la négative. Néanmoins, l’intérêt porté par de nombreux éditeurs au projet Lekti montre que ces derniers sont — de manière systématique — à la recherche de nouveaux outils de diffusion, alternatifs, qui puissent leur permettre d’acquérir une meilleure visibilité, que cela soit auprès des professionnels (librairies, bibliothèques, médias…), ou des particuliers.

Comment organiser la diffusion d’un catalogue d’éditeur sur Internet ?

Aider à la diffusion d’un catalogue d’éditeur, cela signifie pour nous travailler sur des formats multiples : outre les fiches de présentation des livres, que nous souhaitons aussi précises que possible, de nombreux documents au format PDF sont mis à la disposition des particuliers ou professionnels (catalogues, bons de commande pour les libraires, etc.). Il est également possible pour certains livres de feuilleter quelques pages, ou d’écouter en flux audio continu des rencontres liées à un livre en particulier, ou bien des lectures. Nous sommes également en train de mettre en place les premiers bloc-notes (autrement appelés blogs), d’auteurs ou de chercheurs en sciences humaines. L’ambition reste identique : il s’agit de donner à lire et à comprendre, afin que le grand public puisse mieux cerner l’importance d’un ouvrage ou d’un écrivain.

Néanmoins, Lekti n’a aucune vocation à « remplacer » ou agir à la place des diffuseurs traditionnels, dont l’importance est déterminante. Lekti est un outil complémentaire, supplémentaire, pour les professionnels et le grand public.

Par ailleurs, il serait illusoire de croire qu’Internet est un formidable outil de diffusion, au service des éditeurs indépendants. Il peut l’être, mais il ne l’est pas par nature, comme le croient trop souvent certains acteurs, institutionnels ou privés. De trop nombreuses études menées depuis deux ans recommandent l’ouverture d’un site Internet pour pallier au manque de visibilité des « petits éditeurs ». Le manque est réel, mais se fier à l’Internet pour résoudre ce problème est illusoire. Tout d’abord, il faudrait signaler qu’Internet est un média particulièrement difficile : de trop nombreux acteurs se prétendent compétents dans ce domaine, sans pour autant avoir développé un véritable savoir-faire. Et il est particulièrement difficile pour un non-initié de pouvoir repérer dans ce véritable maquis de véritables compétences.

D’autre part, les coûts de développement des projets Internet sont particulièrement élevés.

Financer Lekti-ecriture.com

Reste le plus important, c’est-à-dire le financement de la structure Lekti. Nous avons beaucoup réfléchi, au cours de l’année 2005, aux moyens de pérenniser la structure Lekti. Il nous paraissait dangereux, voire suicidaire, de faire appel de manière unique à des financements publics, sous la forme de subventions. D’ailleurs, à ce jour, Lekti n’a reçu aucune aide de la part d’acteurs publics.

Nous avons exclu d’emblée d’autres possibilités, comme la constitution d’une régie publicitaire. Dès lors, nous avons pensé à commercialiser les livres présentés par les éditeurs, en partenariat avec une librairie indépendante, afin de respecter l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre. Nous avons eu la chance de trouver un partenaire de grande qualité, la librairie Clair-Obscur, située à Albi, dans le Tarn. L’ensemble des livres présentés par les éditeurs sur les espaces éditeurs de Lekti, soit plus d’un millier, sont en stock à la librairie, ce qui permet à Clair-Obscur de procéder à l’envoi des livres dans des délais brefs (moins de 48 heures). La mise en place de cette interface commerciale a été longue et difficile, elle devrait permettre à Lekti – nous le souhaitons – de trouver sa pérennité économique. Lekti a été conçu en tant qu’outil de promotion de la littérature, et le projet reste profondément ancré dans une démarche non commerciale. Mais les projets mis en place sur Lekti sont nombreux, et leur coût demeure élevé, même si l’ensemble des développements est assuré en interne. Nous devons donc trouver des solutions pertinentes pour assurer la viabilité du projet à long terme, ce qui représente un vrai défi lorsque le médium est l’Internet. Les grands quotidiens français ou anglo-saxons, par exemple, ont longtemps tâtonné, avant de définir avec quelques certitudes leur modèle économique pour l’Internet, dans un contexte de crise de leur formule papier. Ils font appel désormais, de manière systématique, à la publicité et surtout à l’accès aux contenus payants, deux solutions que nous avons d’emblée exclues, afin de respecter l’esprit du projet.

Perspectives

Nous avons été conscients, dès l’origine, des limites de ce projet, dans la mesure où une seule librairie indépendante était associée à la vente des livres, et non pas l’ensemble des librairies qui effectivement défendaient la production des éditeurs indépendants, associés à Lekti. Le choix de confier les ventes à une seule librairie était une démarche forcément arbitraire et contestable. Il nous était cependant imposé par la nécessité, afin que le projet soit efficace, que l’ensemble des livres proposés à la vente soit en stock à la librairie, afin de les envoyer avec des délais les plus brefs. Et nous n’étions pas en mesure, pour des raisons à la fois techniques, logistiques et humains — il ne faudrait pas oublier que Lekti est une microstructure —, de gérer différents stocks implantés dans différentes librairies.

Nous sommes éminemment conscients des limites actuelles de notre projet, et nous travaillons depuis maintenant plusieurs mois, au sein de Lekti, à l’élaboration d’un projet de soutien à la librairie indépendante, dont la plupart des librairies indépendantes pourraient bénéficier.

D’autant qu’il nous paraît urgent, de renouer un dialogue entre le grand public et les éditeurs indépendants. Et le travail de médiation des libraires, dans ce contexte, nous paraît essentiel. La relation entre le monde de l’édition indépendante et celui de la librairie est parfois chaotique, souvent conflictuel. Les éditeurs associés à Lekti se plaignent souvent du manque de place accordé à l’édition indépendante au sein des librairies, et du poids trop important accordé aux offices des grandes structures éditoriales. Les libraires répondent qu’il est souvent difficile et coûteux de travailler avec les éditeurs indépendants, lorsqu’ils sont en situation d’auto diffusion et d’auto distribution.

Néanmoins, je suis convaincu, en tant que porteur du projet Lekti, qu’il existe un lien organique et vital, à préserver, entre la librairie et le monde de l’édition indépendante. Les éditeurs eux-mêmes sont souvent inquiets de voir l’essor du commerce en ligne, au bénéfice exclusif de superstores culturels. Il n’existe pas d’éditeur, au sein de Lekti, qui ne soit satisfait de constater qu’Amazon soit devenu pour beaucoup leur premier « lieu de vente », ou soit en passe de l’être. La situation est particulièrement préoccupante pour les éditeurs qui disposent d’un catalogue important en sciences humaines. Pour ces derniers, la part de marché des ventes via le canal Internet est en hausse constante et régulière. Et ces catalogues d’éditeurs en sciences humaines seront les premiers concernés, lorsqu’il s’agira de « dématérialiser » le livre, de le vendre au format PDF notamment, via certaines plates-formes payantes (MSN Book Search, etc) . Nous aimerions néanmoins signaler que les tentatives de « dématérialiser » le livre ne touchent pas seulement les revues et les travaux de recherche, particulièrement en sciences humaines. Un site Internet comme Numilog, qui prend pour sous-titre librairie numérique, présente actuellement à la vente au format PDF protégé plus de soixante dix livres des éditions Gallimard, ainsi que d’autres titres issus des catalogues de POL, La Découverte, Le Dilletante ou Le Rocher.

Faut-il pour autant avoir peur, en tant que libraire, de ce genre d’initiatives ?

Il paraît peu probable que la vente de livres sous leur forme numérique touche le secteur de la littérature générale — pour l’instant —, pour des raisons que chacun d’entre nous a sans doute un jour expérimenté : s’il est possible de lire un article de nature scientifique à l’écran, il est excessivement malaisé, voire impossible, de découvrir une œuvre littéraire sur un support numérique. Les pulsations de l’écran entraînent rapidement une fatigue visuelle accrue, la présence de points de référence multiples (avec les complexes fenêtres présentes à l’écran) modifie la perception, ainsi que l’ont montré de nombreux mémoires et travaux en psychologie cognitive. Comme nous l’avons déjà signalé, il n’en est pas de même pour les articles ou les livres de recherche en sciences humaines.

Contrairement à ce que certains ont pu affirmer, nous ne pensons pas que l’avenir de la librairie indépendante réside dans sa capacité à « vendre de l’E-Book, du fichier numérique ». Bien au contraire, il paraît essentiel que la librairie puisse, au moment de se mettre en ligne, tirer parti de ce qu’elle est par nature, c’est-à-dire un lieu habité. Et la librairie indépendante ne doit pas se focaliser sur le modèle des grands superstores en ligne, mais développer sa propre stratégie, pour l’instant embryonnaire.

Si Lekti-ecriture.com a été fondé avec une revue littéraire, s’est enrichi en 2003 des espaces de l’édition indépendante, nous souhaitons porter désormais l’effort sur le soutien à la librairie indépendante, surtout en ces temps difficiles où la concurrence des grandes surfaces culturelles se dispute à celle de l’Internet. Et nous espérons pouvoir mener nos projets à terme.


Vous pouvez discuter de cette contribution sur les forums de la librairie Lekti-ecriture.com :
cliquez ici pour rejoindre les forums de la librairie Lekti-ecriture.com


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan de Contre-feux, la revue littéraire| Nous contacter | Les lettres d'information | Nous soutenir
Les autres composantes de Lekti-ecriture.com : Les espaces de l'édition indépendante | La librairie Lekti-ecriture.com |Le bloc-notes Lekti-ecriture.com