Sergio Pitol
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L’art de la fugue
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PRIX ROGER CAILLOIS 2005


L’art de la fugue

Sergio Pitol

Éditeur : Passage du Nord-Ouest

Prix : 22 euros
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L'art de la fugue-PRIX ROGER CAILLOIS 2005-Sergio Pitol

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« PITOL, Sergio (Puebla, Mexique, 1933), personnage clé de ma vie. [... ] Je l’ai connu à Varsovie en 1973, quand je suis allé expressément dans cette ville dans l’idée de lui exposer mes impressions de lecteur de ses nouvelles et, au passage, faire sa connaissance, et j’ai fini par rester un mois entier chez lui, tandis qu’il devenait mon maître. [... ] Aucun écrivain n’avait jusqu’alors pris la peine de me parler de littérature comme lui l’a fait après les repas, moments inoubliables de ce séjour chez lui qui finirent par jouer un rôle clé dans ma décision d’écrire, jours qui marquèrent mon destin et furent à l’origine de mon montanisme. » (Enrique Vila-Matas, Le mal de Montano).

Avec cet Art de la fugue, Sergio Pitol compose un livre-vie, une somme raisonnée et joyeuse de ses amours de voyage et de lecture, témoignant par-dessus tout de sa relation « viscérale et excessive » à l’écriture.

Mais c’est aussi une autobiographie intellectuelle et sentimentale dont la géographie est jalonnée de lieux inoubliables et d’amitiés indéfectibles, en une « compilation de repentirs et de regrets, une tentative destinée à apaiser des angoisses et cautériser des blessures ».

Disciple de Monterroso, explorateur, à l’instar de Sebald et Magris, d’un territoire à cheval entre l’essai et la fiction, Pitol orchestre ici sa plus belle échappée.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Martine Breuer.

ISBN : 2-914834-18-7
Parution : octobre 2005
401 pages.

DANS LA PRESSE

VARIATIONS LITTÉRAIRES

L’Art de la fugue de Sergio Pitol

Une suite libre et de haute tenue autour de l’histoire littéraire, par l’un des plus inclassables des écrivains hispanophones.

Ceux qui ont gardé de Sergio Pitol le souvenir de la verve picaresque et ébouriffante de ses précédentes parutions (Le Voyage1, Mater la divine garce2), pourraient être déconcertés. Écrit sur un ton presque didactique, L’Art de la fugue, dernier opus du Mexicain d’origine italienne est un ouvrage sérieux et touffu. Par quel bout aborder ce tourbillon d’idées, de souvenirs, d’érudition, cette mosaïque de « confessions », notes de voyage, essais, - écrits, pour la plupart, entre 1991 et 1996, abritant soudain les pages d’un journal barcelonais de 1969 ou les fragments génétiques de la composition d’un roman entre 1980 et 1984 - quel est le fil, où nous emmène cet éternel fugueur ? Si ce n’est justement sur les traces du « côté le plus personnel, le plus secret, le plus étranger à sa volonté, de son écriture, et (qui) a fait de cet exercice un jeu de cache-cache jubilatoire, une approche de l’art de la fugue. » Fugue, que ces périples autour du monde entre 1962 et 1988, qui firent de lui le cosmopolite, le perpétuel exilé. Tour à tour (et dans le désordre) en rade dans le quartier beatnik de Barcelone, traducteur de Conrad et Gombrowicz à Varsovie sous Brejnev, ambassadeur à Prague en 1983, visiteur de Venise, Sergio Pitol convient que « tout dans (sa) vie n’avait été qu’une fugue perpétuelle », échappant autant à l’emprise du Mexique de la fin des années cinquante où « tout est congelé », qu’à un passé endeuillé - Pitol fut orphelin dès l’âge de 4 ans. Fugue également au sens musical. L’Art de la fugue est le titre d’un recueil - inachevé - de pièces de J. S. Bach. Il y a aussi de l’inachevé dans ce recueil de Pitol, lorsqu’on se prend, en refermant ces quatre cents pages, à espérer encore d’autres confidences, d’autres analyses. Fugue que l’architecture même du discours, reproduisant l’écriture rhétorique de cette forme musicale. Le thème de la littérature est la mélodie principale. Autour de cette tonalité, parfois dominante, parfois tenue en voix basse, l’écriture et la lecture se répondent et se défient, jouent d’un chapitre à l’autre, orchestrent leurs variations en un magistral contrepoint aux idées reçues. Un exercice qui culmine dans le chapitre dédié à l’intellectuel mexicain Vasconcelos, où cohabitent l’admiration pour son Ulysse créole et le dégoût produit par l’homme et sa quête de gloire. Pas d’écriture sans lecture affirme Pitol à l’envi, rendant hommage à ses prédécesseurs et ses contemporains, agréant généreusement sa dette à leur égard : Borges, Tchekhov, Galdós, Tabucchi, Thomas Mann, Juan Villoro, Vila-Matas, Monsiváis, Schwob, Andrzejewski, Hasek, ou le dessinateur de bandes dessinées Borola... - et ces deux derniers dénotent plus que tout le principe agissant de la littérature de Pitol, celui, à la suite de Bakhtine (référence incontournable pour l’auteur) du carnaval, de la célébration, de la fête, de la parodie. Pas de littérature non plus sans mémoire - c’est donc le premier chapitre du recueil. Une mémoire qui « travaille avec la même logique oblique et rebelle que les rêves », répétant la même anecdote - une invitation à une exposition à Prague - dans plusieurs chapitres, selon la facette que le souvenir souhaite convoquer. De même que les fugues de Bach ne sont dédiées à aucun instrument en particulier, la fugue de Pitol donne seulement le canevas sur lequel les instrumentistes (les lecteurs) pourront apposer la couleur de leurs émotions. C’est à une lecture libre que nous invite ce texte, jetant un regard tour à tour désabusé et révolté sur notre monde - comme ce périple dans le Chiapas en cri d’alarme final - nous faisant regretter d’autant plus que le solitaire veracruzien, aujourd’hui âgé de 72 ans, et figure culte de la littérature hispanique, soit encore si peu connu en France. Sur la vingtaine de titres parus en espagnol, seuls quatre à ce jour ont été traduits. À quand le complément de Mater la divine garce, El Desfile del amor et La Vida conyugal, composant la trilogie Triptyque du carnaval ?

1. Les Allusifs, 2003. 2. Gallimard, 2004.

Lucie Clair Le matricule des anges N° 68, novembre-décembre 2005

L’ART DE LA FUGUE Sergio Pitol

(artpress N°319, janvier 2006)

Écrivain mexicain (né en 1933 à Mexico), Sergio Pitol appartient à cette remarquable nébuleuse des écrivains latino-américain où figurent Octavio Paz, Alessandro Rossi et quelques autres, constituant l’ancienne génération. De jeunes éditeurs ont décidé de traduire cet écrivain qui se faisait rare et dont la renommée dans le monde hispanique ne cessait de grandir. On trouvait son nom constamment sous la plume d’un Enrique Vila-Matas et des écrivains italiens. Nous avions rendu compte de son dernier roman Mater la divine garce, paru en 2004. Cet Art de la fugue qui est composé de trois parties : « Mémoire » (qui fait une large part à ses nombreux voyages), « Écriture » et « Lectures », porte bien son nom. À travers le temps, Pitol nous livre une sorte de biographie intellectuelle à la manière d’un Élias Canetti. Nous rencontrons de nombreux écrivains vivants qui nous rafraîchissent la mémoire et nous transportent dans des régions inédites par leurs résonances poétiques et par leurs points de vue aiguisés. Tout à la fois récit, essai et fiction brève, ce livre transmet allégrement un savoir personnel et une façon d’être perméable aux autres cultures, aux différentes expériences des artistes. Pitol tel un Monterroso ou un W. G. Sebald (notamment dans ses Séjours à la campagne), nous fait palpiter par sa prose tout en relief, en digressions synthétiques. Les villes traversées par l’auteur sont pour lui des moments d’extrême tension, de nervosité volubile, comme les sentait l’écrivain argentin Roberto Arlt. Ses réflexions sur la narration contemporaine sont pénétrantes car elles enveloppent l’expérience mondiale des écrivains. Pitol souligne que les dogmes étriqués ne font pas bon ménage avec la littérature, cette dernière devant constamment se rebeller contre les canons qu’elle a, elle-même, créés.

Patrick Amine

SERGIO PITOL, L’ERRANCE INFINIE Par Juan Villoro

(Le magazine littéraire N°449, janvier 2006)

Récemment récompensé par le prestigieux prix Cervantès (le Nobel des lettres hispaniques), Sergio Pitol vient de publier en français son œuvre capitale, L’Art de la fugue (éd. Passage du Nord/Ouest).À la fois récit de voyage, habitacle de rêves, essai littéraire et fable, L’Art de la fugue s’inscrit dans la région hybride dans laquelle transitent également Claudio Magris, W. G. Sebald et Enrique Vila-Matas. Né en 1933, traducteur de Gombrowicz et de Pilniak, Pitol vécut pendant vingt-huit ans en dehors du Mexique. Sa singularité dans l’approche des livres et de ses patries provisoires (Moscou, Pékin, Prague) vient des caprices efficaces de son regard.À Venise, Pitol perd ses lunettes et visite une ville fantasmagorique où chaque pont communique avec les ombres. Le parcours gagne mentalement en puissance sous le regard voilé du témoin. Il se passe quelque chose de semblable au cours d’un dîner à Prague. Pitol entend mal de l’oreille gauche ; de façon significative, tout ce qui se dit d’intéressant pendant cette réunion arrive du côté gauche ; sa demi-surdité permet au narrateur de recomposer ce qu’il écoute. Un épisode décisif évoque l’hypnose comme thérapie : le patient parle à partir d’une ligne d’ombre située entre le réel et le rêve. Pitol se disqualifie comme témoin unilatéral des faits : la mauvaise vue, la surdité ou l’hypnose sont les impeccables auxiliaires de quelqu’un qui s’intéresse aux modes incertains auxquels on n’accède que par une imagination exaltée.

SERGIO PITOL L’Art de la fugue

Dans Le Mal de Montano, Enrique Vila-Matas raconte comment Sergio Pitol, son aîné de quinze ans, l’a contaminé avec cette étrange maladie qui l’oblige désormais à vivre par, dans et pour les livres.À mi-chemin entre essais littéraires et fragments autobiographiques, les textes rassemblés dans L’Art de la fugue seront familiers aux habitués du catalan : dans un style fluide et envoûtant, Pitol y parle de ses voyages, de ses galères de jeune écrivain sans le sou à Barcelone, de ses amitiés, de ses lectures et d’une galaxie d’écrivains qui va de Borges (« le plus grand miracle du siècle pour notre langue ») à Mann en passant par Casares, Cortázar, Monterroso, Joyce ou Valéry. Eblouissant d’humour et d’intelligence, ce guide de survie par les livres recèle en creux une véritable éthique de l’honnête homme de lettres : « La tâche de l’écrivain consiste à enrichir la tradition, même s’il la vénère un jour et en vient aux mains avec elle le lendemain. Des deux façons, il sera conscient de son existence. » Qu’il soit question de Venise, des années 1960, de Conrad ou du formalisme russe, chaque phrase de ces 400 pages est avant tout une splendide méditation sur l’écriture, « cette longue déambulation entre quelques images perdues dans la mémoire et leur fixation sur le papier ».

Bernard Quiriny Chronic’art, décembre 2005.

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