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Dans les immenses solitudes de l’Ouest, deux hommes se poursuivent. Sistac, garçon perdu qui vit le jour dans le quartier des Minimes à Toulouse, fuit devant son diabolique alter ego, le fantômatique Goodfellow. Au cœur de l’hiver des contreforts des Rocheuses ou à travers les déserts immobiles, les plaines étales et les marécages, sous les pluies dilluviennes, au creux des ravines et des taillis, ils se pourchassent implacablement, munis seulement de leurs dernières cartouches et de leurs armes éculées.
Et la traque obstinée, lente, s’étire dans les vastes étendues désolées au rythme d’une ballade à la fois nonchalante, drôle et nostalgique, pour donner lieu à un étrange western.
L’on croirait parfois entendre dans le lointain les mélodies larmoyantes d’un harmonica, ou les trompettes éplorées des mariachis du Mexique, tandis que défilent en camaïeux de brèves saynetes ranimant avec une subtile ironie les grandes figures de l’Ouest. Au lyrisme des classiques du genre, Charlie Galibert substitue cependant un style dépouillé à l’extrême, et parvient avec bonheur à faire alterner les séquences naturalistes, burelesques ou tragiques, par lesquelles sistac fait penser aux atmosphères en décalage du Dead Man de Jim Jarmush ou des films de Sergio Leone.
On apprend donc dans ce roman comment administrer une tisane à un cheval et l’on y assiste bien entendu à des fusillades de saloon ; on y rencontre un indien accroché à son parapluie comme à un parachute ascentionnel, et l’on y croise un vieux coureur de piste qui jure ses grands dieux que les Apaches comprennent parfaitement la patois de Toulouse... Mais le spectre de la potence est là lui aussi, qui nous rappelle que tout a une fin, vers laquelle Charlie Galibert nous conduit de main de maître, lâchant la bride à son plaisir d’écrire, et de raconter.
Charlie Galibert est ethnologue. il a publié plusieurs essais et un roman, Carnaval cathare, en 2003, aux éditions Empreintes.
Date de parution : octobre 2005
224 pages
Format : 12,5 X 20 cm
ISBN : 2-914777-22-1
Le matricule des anges ( numéro 68, novembre décembre 2005)
A poor lonesome cowboy
[...] Ce n’est pas pour rien que le mot « western » figure sur la couverture du livre de Charlie Galibert, comme on aurait indiqué « roman » ou « récit ». L’auteur affectionne le genre parodique. Son premier roman, Carnaval cathare (paru en 2003 aux Éditions Empreintes), était un polar moyen-âgeux décrivant un casse en 1240 à Toulouse, en pleine Inquisition. Dans ce deuxième livre, il rend un hommage décalé « au western classique, académique, historique, avec ses allégories et son message sur le thème de l’immigrant, les grands espaces, la frontière, l’utopie, l’espoir et l’illusion ; au western italien et sa part de réalisme quasi ethnographique ; aux grands modèles naturalistes et sociaux comme Little Big Man aux derniers westerns comme Dead Man ». Sistac est une ballade nonchalante à la Lucky Luke, avec ses soleils qui n’en finissent pas de se coucher. C’est aussi une implacable chasse à l’homme à l’ère du triste mythe californien, qui s’est construit dans l’or et le sang. Le texte est découpé en courtes séquences (des scènes, des plans) à la chronologie éclatée. [...] « L’éclatement du récit correspond à l’idée du jeu de cartes mélangé entre les doigts du donneur, de façon à décentrer le temps pour lui donner la forme hésitante, papillotante, multiple et polymorphe des souvenirs, de flashs mémoriels, d’hésitations sur les possibilités d’évolution parallèles (à la Calvino ou à la Cortázar). »
Le parcours de Sistac est un mélange d’extrême solitude, de sagesse, de burlesque et de tragique. Ménager son cheval, compter l’eau et les vivres, se raser le revolver à la main, laver son caleçon dans un torrent, fuir. Pour Sistac, le jour qui s’achève et celui à venir s’organisent autour de cet alter ego qui le poursuit, qu’il interpelle dans ces cauchemars et rebaptise selon l’humeur « fuckfellow » ou « goodbrother ». Existe-t-il vraiment ? Peu importe, puisque rien n’a de sens que cette avancée parallèle du traqueur et de sa proie, l’un justifiant l’existence de l’autre. Assis devant son feu, Sistac éprouve la douce satisfaction d’avoir échappé à son frère ennemi. Et la furtive envie de partager avec lui le lapin qui rôtit sur les braises, pour fêter ça. Le temps d’être moins seul. Sistac est l’histoire d’une quête absurde et pourtant inévitable dans un monde sans sens. « Les pistes ne sont-elles pas faites pour être brouillées effacées, perdues...fausses ? » avance Charlie Galibert, aussi énigmatique que la fin de son livre.
Lise Beninca
La Dépêche du Midi (26 octobre 2005)
"Sistac suit Goodbrother pour toucher la prime de 5000 dollars promise à qui le ramènera vivant. Goodbrother suit Sistac pour les mêmes raisons, chacun a quelques difficultés sérieuses avec la société, Charlie Galibert joue au magicien. Il donne à admirer sa capacité à nouer et dénouer une intrigue embrouillée, faite de perpétuels dérapages et de redressements soudains. Si l’humour est signe d’intelligence, ce roman, qui est un perpétuel clin d’¦il en est une preuve. On admire le funambule qui se joue des pièges qu’il se tend et qu’il tend en même temps au lecteur. Charlie Galibert aime écrire. Il a passé un contrat avec la langue. Claire, rayonnante de son plaisir, elle se laisse savourer. Un bon livre, comme on les aime."
Jean Roques.
ART SUD
Charlie Galibert compose avec Sistac ce qu’il appelle un “ livre gouttes ”, une contrepartie ludique et efficace au classique “ roman fleuve ”. Les errances de Jean “ E. ” Sistac, garçon du Sud-Ouest toulousain perdu dans les immensités arides de l’Ouest américain, pourchassé par son alter ego, le diabolique Goodfellow, s’étirent et se disloquent en chapitres brefs et mélangés comme on bat un jeu de cartes, de la même façon que s’annihile en douceur une histoire sans début ni fin, de celles dont on fait les légendes. Sistac est un roman qui investit le Western comme on tente de réécrire les mythes fondateurs à la manière d’un Kubrick revisitant le cinéma de genre pour en extraire le suc : c’est que Sistac est aussi un film, où Ford, Hawks, Leone et Jarmush se seraient donner la main pour rendre un ultime hommage aux prairies infantiles et tragiques du Far West. De l’ombre rare des cactus candélabres, de la silhouette d’un cavalier, glissant, difforme, sur la poussière, s’échappe comme une lamentation le fantôme d’un livre qui nous parle comme personne de solitude, de mort et d’amitié. Déjà un livre culte pour certains, une anecdote pour les autres. Robert M. Duchêne.

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