



La singularité d’Une méditation, deuxième roman de Juan Benet après Tu reviendras à Région, repose en grande partie sur la prouesse mnésique que s’est imposée l’écrivain : ayant imaginé et adapté un dispositif spécial sur sa machine à écrire, il entame la rédaction des quelque trois cents feuillets d’un récit labyrinthique sans jamais pouvoir se relire.
En un seul paragraphe, dense et ramifié comme la mémoire, il tente de reconstituer l’histoire de deux grandes familles appartenant au mythique univers de Région, dont les destins, étroitement mêlés, basculent quand éclate la guerre civile espagnole. À l’âge d’or de l’enfance succède la ruine physique et psychologique d’individus tenaillés par la souffrance, la haine et l’obsession de la vengeance.
Traduit de l’espagnol par Claude Murcia - Préface de Vicente Molina Foix.
ISBN : 978-2-914834-26-1, parution mai 2007.
La Quinzaine littéraire, N° 949 du 1er au 15 juillet 2007
FAULKNER EN ESPAGNE
Nous voici donc enfin de retour à Région, le Yoknapatawpha de la quasi totalité des fictions de Juan Benet, depuis son premier roman (1), fraîchement accueilli en 1967 par un public espagnol encore attaché au naturalisme de Galdós (1843-1920), que prolongeait à sa façon le roman social de l’après-guerre civile. Faulkner n’était alors connu au-delà des Pyrénées que d’une poignée de lecteurs, grâce surtout à des traductions importées en catimini de France ou d’Argentine (2). Un déphasage qui rendait le malentendu inévitable.
Grand admirateur de l’auteur de Sanctuaire, l’ingénieur des Ponts et Chaussées Benet ne songea nullement à baisser la garde pour son second livre, bien au contraire, puisqu’il offrait en cette méditation (1970) un récit de presque quatre cents pages serrées sans le moindre alinéa. Comme l’explique ici avec humour son préfacier, il poussa même la provocation jusqu’à présenter à l’éditeur le manuscrit sous forme d’un rouleau de papier d’un seul tenant, qu’il avait adroitement adapté à sa vieille machine à écrire, « parce que je m’étais proposé de ne pas relire » argumentait-il, et sans doute aussi pour souligner d’entrée de jeu le flux narratif continu du texte. Doit-on pour autant parler ici, ainsi que l’affirme le poète et romancier Vicente Molina Foix, de « stream of (in)consciousness » ? Rien n’est moins sûr, car on n’a pas affaire au tohu-bohu du monologue intérieur joycien mais à un narrateur qui se tient dans un coin du tableau et qui médite – autrement dit raconte et commente – à mesure que les souvenirs du passé surgissent (en désordre certes) sans qu’on cesse néanmoins de l’imaginer la plume à la main. D’où cette parenté avec Proust – décelée en revanche à juste titre, tout imprévue qu’elle soit – dans « la construction de la phrase et le tissu des réminiscences ». D’où peut-être aussi cette primauté accordée à la langue – pourrait-on affirmer –, au discours plus qu’à la fiction.La multiplicité extraordinaire des incises marquées par des tirets, des guillemets ou des parenthèses, qui se superposent parfois jusqu’à l’incise dans l’incise, jusqu’à s’étendre sur une demi-douzaine de pages, contribue à freiner constamment le récit, à fixer l’attention du lecteur sur le texte en tant que tel et ses moindres détours, accroissant ainsi l’intensité des visions et pensées qu’il véhicule en un splendide et inextricable écheveau. Toutes les tactiques grammaticales de retardement sont mises à profit, en particulier l’usage du pronom sujet si loin de son antécédent qu’à moins de revenir plusieurs pages en arrière – ce qui est le but recherché – on ne sait plus à coup sûr de qui il s’agit. À quoi bon cette incertitude dira-t-on peut-être, au nom de l’esprit cartésien dont nous nous flattons. Déjà Claude-Edmonde Magny, talentueuse propagatrice du roman américain dans notre après-guerre, ne pouvait s’empêcher de reprocher à Faulkner, qu’elle admirait, « la longueur des phrases et des incidentes qui passe toute mesure » (3). C’est que le narrateur prétend ici nous intéresser d’abord à sa rumination, au mouvement mental qui le porte vers les mots et qui déborde de l’espace dévolu aux choses. Trompeusement cependant tout commence de façon fort traditionnelle, comme pour apprivoiser le lecteur : « Parmi toutes les fermes de la plaine du Torce, au nord de Région, celle de mon grand-père, l’une des plus modestes, était aussi l’une des mieux situées ». On croit aborder une classique histoire de famille reflétée dans le miroir de celui qui n’était alors qu’un enfant. À peine remarque-t-on à la page suivante que cet aïeul est loué d’avoir eu fort peu de goût pour « le théâtre d’idées et le roman de mœurs ». Or c’est cette littérature-là que l’auteur se propose de pulvériser à travers le poudroiement du souvenir et l’allongement inextricable de la phrase.Nous ne connaîtrons clairement qu’au début les susceptibilités conflictuelles qui heurtent cette famille à celle de voisins plus huppés dont il partageront malgré tout le destin, depuis les années 20 où agonise la monarchie jusqu’à celles de la République et de la guerre civile puis du franquisme triomphant. Dès que la jeune génération, à travers ses jeux, a réussi à mettre en contact les deux clans familiaux, les haines et les amours se croisent, se font et se défont, en un kaléidoscope dont l’analyse logique (au sens quasi grammatical du terme) déboucherait en fait sur la destruction du livre et de la sensation qu’il prétend saisir. « Car de trente ou cinquante ans vécus, que connaît-on avec certitude ? » s’interroge le narrateur, qui répond lui-même : « En vérité, la seule chose que l’on ressent – et non que l’on sait – de façon ferme c’est qu’ils ont été vécus, recueillis et résumés davantage par l’ignorance que par un savoir qui – avec le consentement du corps et grâce à l’oubli – est toujours prêt à négliger et à abandonner sa mission. » La magnifique scène réitérée des obsèques du poète Jorge Ruan ne nous permettra donc pas de savoir s’il méritait vraiment cet hommage, si sa poésie était bonne ou mauvaise, s’il était un héros ou un pauvre diable, compte tenu des indices fournis par la suite çà et là.De même les épisodes érotiques, étranges ou sordides, qui se nouent ou se dénouent dans une misérable pension des environs, ne nous aident guère à reconnaître qui se trompe ou qui trompe qui. Une tension s’installe néanmoins, page après page, si forte que les quelques anecdotes comiques qui surgissent inopinément (l’épouvantable liqueur fabriquée par le grand-père dont il réserve la consommation à ses ennemis ; ou la mésaventure du missionnaire dont la barbe reste coincée dans un tiroir de commode), en provoquant un brusque changement de ton, semblent destinées à nous permettre de reprendre souffle. Pourquoi donc alors s’engager dans la lecture de cet énorme livre, penseront certains ? À ce questionnement implicite mais probable on peut offrir deux réponses.Ceux qui ont déjà lu Tu reviendras à Région, roman initial de cette sorte de saga, entreront aisément dans le nouveau volume, en dépit de sa tonalité imprévue, guidés comme ils le seront par les toponymes devenus familiers (El Auge, Bocentellas, Retuerta, El Salvador) et le retour des mêmes personnages, fussent-ils ici secondaires (le docteur Sebastián, le colonel Gamallo, l’Indien dans sa grotte, l’ombre tutélaire de Numa).Ceux qui, au contraire, découvrent ici pour la première fois l’œuvre de Juan Benet, se heurteront vraisemblablement à quelques obstacles mais auront la révélation d’un monde cohérent, unique, inoubliable, à savourer dans la chaleur de l’été lorsqu’on ne se contente pas du best-seller de plage.
Jacques Fressard
Juan Benet Une méditation Trad. de l’espagnol par Claude Murcia Passage du Nord-Ouest éd., 382 p., 22€
1. Tu reviendras à Région (trad. Claude Murcia), éd. Minuit, 1989. Voir Q. L. n°541. Chez le même éditeur et par la même traductrice : L’air d’un crime (1987), Une tombe (1990), Dans la pénombre (1991), Baalbec, une tache et autres nouvelles (1991). Le décès de l’auteur en 1993 a interrompu la divulgation en France de cette œuvre capitale, dont le fil a été renoué en 2003 avec Treize fables et demie, chez Passage du Nord-Ouest. 2. Maria-Elena Bravo, dans son étude sur Faulkner en España (Barcelona, 1985) a montré que Sanctuaire avait été traduit en Espagne dès 1934. Cependant, du fait de la guerre civile puis de la censure franquiste, l’œuvre ne circulera que dans des milieux très restreints jusque dans les années 70. 3. L’âge du roman américain, Le Seuil, 1948.
LIBÉRATION, jeudi 7 juin 2007
Comment ça s’écrit par Mathieu Lindon
SEXE, MACHINE ET DIGRESSIONS
« Parmi toutes les fermes de la plaine du Torce, au nord de Région, celle de mon grand-père, l’une des plus modestes, était aussi l’une des mieux situées. » La première phrase d’Une méditation est également l’une des plus brèves, car la plupart des autres sont constituées d’immenses circonvolutions proustiennes, ainsi que le montre l’écrivain contemporain Vicente Molina Foix dans sa riche préface, pour fabriquer ce roman d’un seul paragraphe. Vicente Molina Foix en raconte la naissance : Juan Benet avait commandé à un menuisier des bobines rotatives qu’il relia à sa machine à écrire, de sorte qu’il écrivit Une méditation sans pouvoir revenir en arrière et que les jurés du prix Biblioteca Breva, en 1969, durent, au mépris de tout règlement, aller lire le livre sue le rouleau même au siège de la maison d’édition Seix Barral avant de lui donner le prix à l’unanimité. Ce fut ce roman qui valut à l’un des plus grands écrivains espagnols du xxe siècle (né en 1927, il est mort en 1993) de cesser d’être considéré juste comme un auteur de « worst sellers », après une carrière débutée avec « un titre que lui-même crut prophétique », Tu n’arriveras jamais à rien. L’autre influence de Benet est Faulkner. On raconte que, arrivé à Paris après un interminable voyage en train, il descendit en criant : « Faulkner, Faulkner ». « En plus, et c’est un trait plus autobiographique, je peux dire que sans l’influence de Faulkner, je ne me serais jamais décidé à prendre la plume », déclara plus officiellement Juan Benet. Région, qu’évoque la première phrase du roman et autour de quoi il tournera, est l’équivalent benetien du comté de Yoknapatawpha faulknérien ou du Macondo de Gabriel Garcia Marquez : un lieu à la fois imaginaire et fondateur. Le narrateur, petit-fils vieilli du fameux grand-père, évoque son enfance et le destin des gens qu’il y a croisés, l’extrême précision des rapports sociaux et les ruptures apportées par la guerre civile. De Proust et de Faulkner, Juan Benet conserve l’aspect épique, son style donnant un aspect grandiose à n’importe lequel des épisodes que le narrateur ressuscite ou invente.Une phrase du livre s’applique au roman tout entier : « Une conversation aussi longue qu’entrecoupée, dont les questions et les réponses n’étaient jamais formulées, dont il fallait chercher les phrases – comme les messages codés que dissimulent certains littérateurs dans l’enchevêtrement de leurs compositions – en extrayant ici et là le mot clé relié à l’antérieur qui lui donne sens grâce à un ordre algébrique distinct et indépendant de l’ordre syntaxique. » Il y a aussi, dans l’art de la digressions qui fait avancer le livre sans rien lui retirer, au contraire, de son caractère d’épopée, dans le rapport de l’individu à l’Histoire, dans la volonté d’en rendre compte de manière morcelée, quelque chose qui rattache Juan Benet et Claude Simon. « D’une façon ou d’une autre j’avais réussi à avoir une connaissance imparfaite de l’événement, mais mille raisons que je tairai me poussaient, d’un côté, à souhaiter que ce protagoniste demeurât à jamais dans l’anonymat et, de l’autre, à ne rien ôter de son importance à la chose. » L’amour, physique ou pas, physique et pas, est un thème privilégié de descriptions et de commentaires stupéfiants tout au long du roman. Le sexe est vraiment sujet d’Une méditation. À côté de passages plus explicites, on peut lire par exemple : « personne ne se rend maître de la volonté d’autrui s’il ne démontre pas d’abord une grande volonté de le faire, ce qui est le premier pas vers sa soumission. En outre, ce n’est pas tant la chair que la volonté qui constitue le but ultime d’une intention érotique, à tel point qu’une volonté non conditionnées par le don de la première peut devenir la clé d’une passion durable, et cela d’autant plus qu’elle ne se traduira pas dans la satisfaction charnelle que la volonté utilise si souvent comme chemin de fuite et de renoncement à la communion avec un semblable qui ne représente plus rien sur le terrain de l’imagination. La chair est une hypothèse, la satisfaction sexuelle une démonstration. » Juan Benet fut ingénieur des travaux publics, constructeur de ponts et de routes, et son esprit mathématique et logique s »empare à divers moments de la parole de son narrateur ou de ses interlocuteurs. L’amour est un sujet d’étude, en particulier pour « Leo qui, engagée depuis plus de quinze ans dans de fréquentes aventures galantes, sans avoir jamais atteint un tel objectif et conservant par conséquent sa lucidité pour tirer toutes sortes d’enseignement qui n’affectaient que transitoirement son destin, avait réussi à acquérir une quantité considérable de connaissances accessoires et secondaires, comme ces appariteurs d’université qui après avoir rôdé des années dans les couloirs savent plein de choses relatives à la discipline enseignée, à l’exception des fondements ». Le goût de Juan Benet semble être d’obscurcir les tenants et les aboutissants pour arriver à une nouvelle manière de les analyser, et le résultat est flamboyant. Les derniers mots du roman évoquent un homme se frottant « le visage avec la terre noire, en quête de cette consolation qu’on peut trouver que dans le désespoir ».
Juan Benet Une méditation Traduit de l’espagnol par Claude Murcia Passage du Nord-Ouest, 382 pp., 22€
MINOTAURES
Un trésor caché de la littérature espagnole nous parvient trente-sept ans après sa parution : le grand roman protéiforme de JUAN BENET autour des labyrinthes de la mémoire.
C’est un drôle d’objet littéraire à concept. Pour écrire Une méditation, Juan Benet, ingénieur en génie civil espagnol de son état, a inventé un procédé qui l’empêchait de se relire au fur et à mesure, en transformant son tapuscrit en rouleau. Et, pendant cinq ans, à raison de deux heures chaque soir, il s’est attelé à son étrange machine et à son roman. Le résultat, c’est cet unique paragraphe de 380 pages, ce livre labyrinthique, qui se perd parfois en chemin – forcément –, se reprend, avant de s’égarer à nouveau… Qu’il y ait, à l’origine d’Une méditation, une invention tout à fait digne de figurer au concours Lépine, ne fait pas de ce roman, publié chez nous trente-sept ans après sa parution, un simple gadget littéraire, le fruit d’un défi vaguement intéressant mais un peu vain, une petite prouesse technique et intellectuelle accomplie pour le plaisir de la performance. Surtout pas. Le deuxième roman de Juan Benet est un grand et beau livre, un classique de la littérature espagnole, qui constitue une formidable réflexion, sur la forme comme sur le fond, autour de la mémoire, de ses détours, de ses fulgurances et de ses chausse-trapes. Une méditation n’a pas vraiment d’intrigue. Tout juste une vague trame narrative, contée à la première personne, et centrée autour de l’histoire de deux grandes familles dont une guerre civile va faire basculer les destins. Les précédents romans, nouvelles, pièces de théâtre de Juan Benet parus en France au cours de ces vingt dernières années grâce au travail et à la passion du traducteur Claude Murcia, nous l’ont appris : nous ne sommes pas, ici, dans une littérature de la dénonciation. Si la naissance de l’écrivain, en 1927, ses souvenirs traumatisants de la guerre d’Espagne, le prédestinaient à appartenir, aux côtés de Juan Goytisolo ou de Camilo José Cela, à la “génération de 1950”, ce courant littéraire espagnol axé autour du réalisme social, Juan Benet a décidé, lui, de rester en marge. De creuser une œuvre entamée en 1961 dans le mouvant, l’incertain et le mystère irrationnel du monde. Alors, ce lecteur de Faulkner, le créateur de Yoknapatawpha, a inventé lui aussi, dès son premier roman (Tu reviendras à Région) publié en 1968, un pays, Région, qui restera le point d’ancrage de l’essentiel de ses livres. Région, ce pourrait être une vision plus ou moins allégorique de l’Espagne du xxe siècle, avec ses plaies infligées par l’Histoire, ses montagnes, ses vallées, ses paysages ruraux et durs. C’est cela et bien plus : le territoire de la fiction benetienne, un lieu aux frontières floues, aux reliefs changeants. Une méditation se déroule donc dans cette contrée peuplée de “maisons cubiques, déformées”. Cela a évidemment son importance, puisque Juan Benet peut donner à ses décors l’apparence et les “déformations” qu’il souhaite, en fonction des besoins momentanés de son récit ou de ses souvenirs.Finalement, tout l’enjeu d’Une méditation est là, dans cette liberté offerte par la contrainte du processus d’écriture : la liberté de modifier l’arrière-plan, d’accumuler les péripéties et les personnages puis de les perdre en route, avant, éventuellement, de les retrouver plus loin, au gré du désordre de la mémoire. Si Benet suit plus ou moins son fil rouge de départ, tout le plaisir ou presque d’Une méditation tient à sa façon de musarder, à ses digressions qui, à force, finissent par cesser d’en être pour former le cœur même du roman. Qu’elles aient pour thème la mémoire, comme dans les premières pages, qu’elles se lancent dans des descriptions lyriques, ou qu’elles deviennent des parenthèses bourrées de railleries, ce sont elles qui font avancer le livre.
L’écrivain Vicente Molina Foix l’explique très bien dans sa préface passionnée et érudite : même si Benet revendiquait avant tout l’influence de Faulkner, c’est à Proust qu’on pense à chaque ligne d’Une méditation, face à l’obsessions du rapport à la mémoire, face à l’écriture merveilleusement protéiforme de l’auteur, à ses phrases hypnotiques, qui semblent ne jamais devoir finir et épousent de manière fascinante ce que le préfacier nomme le “stream of (in)conciousness” de Juan Benet. Ces phrases – grâce aussi à la traduction de Claude Murcia – sinuent de précisions en relatives, se gonflent jusqu’à faire oublier leur sujet initial. Cette beauté ondulante du style benetien, servie par un choix de mots très classiques façon, parfois, bourgeois du XIXe, cette absence d’innovation formelle apparente ne fait pas d’Une méditation, écrit dans les années 1960, un roman réac. Pas plus que le refus revendiqué du réalisme social – qui n’empêche pas Benet d’écrire des passages très justes sur les ravages concrets de la guerre, sur le désespoir ou la ruine physique et psychologique d’êtres. Sous ses abords traditionnels, sa phrase agit comme une bombe souterraine. Sa manie d’avancer par détours et échappées belles font d’Une méditation sinon un antiroman, du moins un roman qui fait sauter une à une les dernières conventions narratives. Pour chercher, à tâtons, une nouvelle forme de récit, qui collerait au plus près à un monde, bien réel, en pleine décomposition.
Raphaëlle Leyris
Les Inrockuptibles, 5 juin 2007.



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